06.11.2009

Le lien social, ça coûte combien ?

On a commencé à parler des jeunes, de leur avenir, des mesures qu'il faudrait mettre en place. On avait plein d'idées, presque les mêmes. On était d'accord, l'homme au pull noir et moi.

Le technocrate a dit : "je voudrais des chiffres, ça fait combien d'euros ?"

On pensait aux jeunes, à la société qu'on voudrait (un peu) améliorer pour eux. On parlait de leur entrée dans la vie d'adulte, dans le monde du travail. Que c'est difficile.

Je suis montée au créneau en expliquant que l'insertion professionnelle était devenue une phase de la vie, parfois très longue. J'ai dit qu'il fallait "socialiser les transitions", accompagner le passage de l'école à la vie professionnelle. L'homme au pull noir a ajouté : "tout le monde est concerné par l'insertion professionnelle des jeunes, soit personnellement, soit indirectement."

Le technocrate nous a interrompus : "il faudrait me donner des mesures concrètes".

Alors on a proposé des mesures concrètes.

Le technocrate a dit : "hou là, là. Rien que pour la première mesure, ça fait déjà 1 millions d'euros".

Alors on a dit que nos idées pour les jeunes n'étaient pas si coûteuses que cela. Surtout si on comparait à d'autres actions. On a parlé de social, d'humain, d'écoute.

Le technocrate a essayé de gribouiller un truc sur son bloc. Puis il a abandonné : l'écoute, ça se budgétise comment ?


cédric Bihr Maybe05.Web.jpg

from Cédric Bihr

27.10.2009

Travailler, c'est trop dur

Cela fait dix ans que le thème de la souffrance au travail est devenu médiatique grâce aux ouvrages de Christophe Dejours et de Marie-France Hirigoyen. Dix ans pendant lesquels les conditions de travail se sont dégradées, la pression mentale a augmenté, le nombre de troubles musculo-squelettiques (TMS) a explosé. Dix ans pendant lesquels la peur du chômage a fait accepter toutes les soumissions aux salariés. Le contrat de travail est un contrat de subordination, je crois qu'on l'a bien compris. Dix ans au cours desquels les méthodes managériales de plus en plus pernicieuses ont largement contribué à une individualisation du monde du travail : chacun pour soi et Koh Lanta partout. Les solidarités et les valeurs collectives ne viennent plus soutenir les salariés en difficulté. Les plus fragiles somatisent, font des dépressions. Récemment, l'augmentation des suicides, et notamment des suicides sur le lieu de travail, a commencé à susciter une certaine gêne. Hier soir un documentaire démontait les rouages de la souffrance au travail ("La mise à mort du travail" de Jean-Robert Viallet). Le deuxième volet est programmé mercredi soir sur France 3. Instructif... et révoltant.

Voilà, c'est ma colère du moment (enfin pas seulement du moment). Si j'ajoute qu'en lisant vos blogs, je constate que beaucoup d'entre vous sont au chômage et galèrent avec le Pôle Emploi, je ne décolère pas.

Demain on reparlera :

  • loisirs créatifs (tapez 1 après avoir composé « Kévin » sur votre portable : 245 euros l'appel)
  • sexe (tapez 2)
  • art conceptuel (tapez 3)
  • grand ramassis de n'importe quoi (tapez 4)
  • autres, précisez (tapez 5)

22.10.2009

Pétaudière Corporation

Pétaudière Corporation, c'est le nom que j'ai décidé de donner à mon lieu de travail. Il vaut mieux en rire... Nous travaillons soit seuls (à la limite, c'est le mieux), soit en divers groupes, commissions que nous appellerons les pétaudière teams (PT). Certaines PT fonctionnent à peu près bien, d'autres nettement moins. Par exemple, le collègue qui s'occupe des dossiers étrangers est parti... à l'étranger, pour un an. Personne n'a pensé à affecter un remplaçant avant son départ prévu depuis six mois. Alors les dossiers ont été refilés à une PT dont je suis membre. Intellectuellement, c'est très stimulant d'apprendre le danois en une semaine. En revanche, j'ai dit que pour le chinois, ça n'allait pas être possible.

Nous avons une méga Pétaudière Team, prestigieuse celle-là, très fournie en participants, très stratégique. Avec un travail de représentation important. On n'a rien trouvé de mieux que de nommer une directrice qui s'habille comme une clocharde et qui soulève son polo en réunion pour se gratter le ventre. (Donc on va dire : "qui s'habille comme une clocharde qui a des puces ".) Son prédécesseur avait toujours la bouche ouverte et les yeux écarquillés, ce qui lui donnait un air très, très intelligent, surtout quand il défendait des dossiers qu'il n'avait pas bossés. Il avait en permanence l'air enrhumé. Finalement ça devait être plus grave qu'un petit rhume parce qu'il a fait une crise cardiaque. La clocharde a profité de son arrêt maladie pour lui piquer sa place : c'est la vie normale à la Pétaudière Corporation.

Tout ça pour dire qu'une carrière à la Pétaudière Corporation, ça se mérite. Il faut un certain niveau :

  • Etre mal fringué ET se gratter pour la petite touche d'élégance
  • Ne pas préparer ses réunions
  • Ne pas anticiper
  • Avoir l'air débile
  • Eviter de répondre aux questions techniques et ne jamais donner d'informations précises : processus dilatoire, que ça s'appelle. Mais on peut traduire par : noyer le poisson.
  • Arriver à se barrer le plus loin possible (de préférence sur un autre continent) pour n'importe quelle raison pseudo-professionnelle. Revenir six mois ou un an plus tard comme si de rien n'était.
  • Accepter de nombreuses responsabilités, ce qui permet de justifier qu'on zappe une ou deux "petites" choses. Exemple vécu : "Je n'ai pas pu m'occuper du contentieux urgent dont tu m'as parlé parce que je devais suivre le remplacement des distributeurs de boissons."

 

Edit qui n'a rien à voir mais qui m'amuse : il y a des hommes qui savent faire de beaux cadeaux. C'est le cas de Gaël qui a mis en ligne une vidéo de Gotainer. C'est d'une poésie... c'est monstrueux ! J'ai adoré.



31.08.2009

Le mini debrief du week-end

A l'université du PS à La Rochelle, Arnaud Montebourg a parlé des réseaux sociaux comme « Fasseboque ». La prochaine fois, il faudra penser à lui demander ce qu'il pense de Touit'Air.

Toujours à l'université du PS, Martine Aubry a proposé un projet en cinq points : « cette consultation sur cinq points a été préparée dans le secret. « On a travaillé en comité très restreint à partir de fin juin/début juillet », confie un proche de Martine Aubry. » (Source : Rue 89) On imagine l'ambiance « partie de cache-cache » qui doit régner au P.S...

Koh Lanta (métaphore du P.S. ?) : les femmes disent qu'elles veulent garder dans l'équipe les « hommes forts ». TF1 ne nous lave pas seulement le cerveau mais nous fait perdre des siècles de civilisation.

A propos de recul de la civilisation, j'ai lu un billet décapant sur Michel Sardou. C'est la première fois que Sardou me fait rire...

Ted Kennedy a été enterré ce week-end. « Le mythe Kennedy, c'est une rose qui pousse sur un tas de fumier. » (Marc Dugain, Le Monde.) Je l'admets sans problème, mais que la rose était jolie... Et s'il faut parler de mythe, on peut l'entendre au sens que proposait Jean-Pierre Vernant pour la Grèce ancienne. Je résume très, très grossièrement : on sait bien que le mythe n'est pas réel. Mais il nous intéresse parce qu'il est révélateur d'une société et il nous fascine parce qu'il nous raconte une histoire. Ou pour le dire autrement, JFK, c'était quand même un trop beau mec :

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24.07.2009

Internet : ras le poncif

Aujourd'hui Madame Kévin est lasse. "De quoi ?" direz-vous. De cette météo incertaine ? Du prix des Louboutin, qui ne baisse pas ? D'un ministre de la culture qui se révèle être le ministre de la culture des coquelicots ? Dans le cadre d'un débat sur Hadopi, il a évoqué "la grand-mère qui arrose les plants de coquelicots de son petit-fils en ne sachant pas qu'il s'agit de plans de haschisch".

Non, rien de tout cela. Madame Kévin est lasse de tous les poncifs lus et entendus sur internet. Tout le monde a une opinion, qu'il aime exprimer parce que c'est bien d'avoir une opinion, quelle qu'elle soit. Vous avez remarqué comme dire : "Je ne sais pas " n'est pas trendy ? Et je ne vous parle pas de : "Je vais y réfléchir" ou pire : "Je vais me documenter". L'ignorance est toujours synonyme de faiblesse, jamais de promesse (d'apprentissage).

Parmi les poncifs sur internet, outre celui de l'addiction traité encore récemment dans les médias, on trouve celui de l'isolement social. Quand tu es un internaute (joueur en ligne, blogueur, utilisateur de sites et de forums, etc.), tu as autant d'amis que Frédéric Lefebvre. C'est dire à quel point ta vie sociale est nulle. Et je ne te parle pas de ta vie affective, mon pauvre chéri. Quant au sexe, tu oublies.

Sauf que les études sur internet ne disent pas tout à fait cela. Les chiffres montrent que ce sont les personnes seules qui sont les moins équipées en ordinateurs domestiques et en connexion. A l'inverse, l'ordinateur et internet sont fortement présents dans les foyers comprenant plusieurs personnes (Source : Crédoc, 2007). Alors là, tu te dis : "Oui, tout le monde co-habite sous le même toit. Mais chacun vit sa vie et surfe dans son coin." Sauf que ben non. Une étude américaine montre qu'internet est un sujet de dialogue et d'échanges entre les membres d'une même famille : "The internet enables shared « Hey, look at this! » experiences. (...) Some 52% of internet users who live with a spouse and one or more children go online with another person at least a few times a week. Another 34% of such families have shared screen moments at least occasionally."

J'aime bien l'expression "« Hey, look at this! » experiences" : on voit une info intéressante ou insolite et on a envie de la partager avec les autres. Et s'il y a des personnes présentes dans le secteur, on les appelle pour leur montrer. Vous faites ça, aussi ?

 

Source de la citation : Kennedy, Smith, Wells & Wellman, Networked families. Parents and spouses are using the internet and celle phones to create a « new connectedness » that builds on remote connections and shared internet experiences, Pew Internet & american life project, 19 octobre 2008. p. III.

 

23.06.2009

Je ne le ferai plus...

  1. Manger seulement la moitié d'une barre de chocolat. Manger la deuxième moitié 30 secondes après.
  2. Traiter une vieille dame de connasse.
  3. Faire Mmm en regardant quelqu'un droit dans les yeux alors que je ne l'écoute pas.
  4. Arriver au travail en clamant : « Bonjour tout le monde ! Everybody hello ! » Dans mon milieu de coincés tout le monde m'a regardée comme si j'avais gueulé une bordée de jurons.
  5. Aller faire du shopping plutôt qu'aller voir un film un peu pointu. (« Fausta » ou « Boogie », désolée, je n'avais pas envie.)
  6. Dire que j'adooore l'opéra alors que je n'y ai pas mis les pieds depuis un an.
  7. Classer comme spams des mails professionnels.
  8. Prendre le soleil avec un maillot de bain nageur : j'espère que la marque des bretelles va disparaître très vite.
  9. Au travail, porter une petite robe blanche, avec un petit décolleté et des petits talons : un collègue m'a demandé si j'allais à la plage. Un autre m'a comparée à Sharon Stone dans Basic Instinct (alors je ne suis pas blonde et que je mets des culottes). La classe.
  10. M'énerver parce que Philippe Val, le nouveau patron de France Inter et ancien chansonnier contestataire, a déjà viré un journaliste. Quand il faisait de la scène, Philippe Val chantait une chanson intitulée « On s'en branle » et faisait des critiques politiques acerbes. Je crois que je vais devenir contestataire, j'aurai peut-être une promotion. En recherchant des infos sur la biographie de Philippe Val, j'ai trouvé une de ses chansons, furieusement prémonitoire « Je fais de la politique » (chantée en duo avec Font). Cliquez sur le lien, écoutez les paroles et...enjoy comme ils disent sur les autres blogs... watch?v=14ASW9fTyh0


07.05.2009

Mon fils m'a dit...

Comme quelqu'un qui m'a dit, mon fils m'a dit :

Est-ce que Sarkozy a déjà été marié avec Céline Dion ?

Moi : non ! (Et j'éclate de rire.)

Mon fils m'a dit : pourquoi tu ris ? Elle est morte ?

Moi : non !

Mon fils m'a dit : ah non, je confonds avec Edith Piaf...

 

Reconnaissez qu'une union entre Nicolas Sarkozy et Céline Dion, ça fait rêver... Vous imaginez le nombre de billets qu'on aurait pu écrire sur un tel sujet ?

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23.04.2009

Va voir ailleurs si j'y suis !

Eh oui, j'y suis.  Ici Non contente de déballer mes mots sur mon blog, je les propose également à d'autres qui ont la faiblesse de les publier sur le net.

Le jeu consistait à apporter une contribution en ligne pour compléter un Dictionnaire posthume de la finance (!) que vont prochainement faire paraître David Abiker et Evariste Lefeuvre. Inspirée par la saine ambiance qui règne actuellement dans nos entreprises, j'ai écrit un petit texte sur les patrons. Donc si tu as envie, tu vas à la lettre P et là tu trouveras P comme Patron.

14.04.2009

Affiche subversive

En me promenant dans le quartier ancien de ma ville, j'ai vu cette affiche apposée sur la porte d'une librairie. Une librairie de littérature enfantine, en plus ! Mais où va le monde ?

Plus sérieusement : j'ai envie d'imprimer cette photographie et de l'afficher dans mon bureau, sur mon lieu de travail.

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09.04.2009

Pour en finir avec les nouveaux pères

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Je me bagarre contre cette idée depuis plusieurs années : les "nouveaux pères" sont principalement une invention des médias ou une mise en représentation de ceux qui prétendent à ce titre. Alors maintenant, les garçons, il va falloir assumer une fois pour toutes votre fainéantise. Une récente étude de l'INED (Institut National d'Études Démographiques) sur le travail parental montre que les mères assument encore une grande partie du boulot, notamment tout ce qui relève du quotidien et des tâches contraintes (habillage des enfants, devoirs, etc.). Les pères participent plus volontiers aux jeux et aux sorties (exemple : on s'éclate au foot et on va voir des copains). Les enquêtes de l'INSEE sur les emplois du temps ont déjà montré que les femmes assuraient la majorité des tâches ménagères. Donc rien de nouveau sous le soleil. Les gants Mapa, ça taille trop petit pour les mains masculines. Et l'apprentissage de la lecture au CP, ce n'est pas assez stimulant pour les neurones mâles.
Quelques nuances dans ce tableau désastreux :
Les pères plus jeunes sont plus coopératifs. Mais les études disent régulièrement cela. Apparemment ils vieillissent mal.
Les tâches sont plus équilibrées quand les femmes ont un niveau d'études élevé et travaillent à l'extérieur. Bon, les filles, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

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